L’indépendance politique et stratégique de l’Union européenne s’impose désormais comme une question centrale du débat public. Longtemps conçue comme une puissance normative, prospère dans l’ombre protectrice de l’alliance atlantique, l’Europe peine encore à s’affranchir pleinement de l’influence américaine. Cette dépendance structurelle révèle le dilemme fondamental du projet européen : comment s’imposer comme un bloc souverain face aux États-Unis et à la Chine, sans renoncer à ses alliances ni à son modèle ?
L’accord conclu en juillet 2025 entre Ursula von der Leyen et Donald Trump illustre avec acuité cette tension. Présenté comme un compromis équilibré, il a pourtant été perçu par nombre d’observateurs comme le symptôme d’un rapport de force défavorable à l’Union.
Le symbole, d’abord. Les négociations se sont tenues dans le golf privé du président américain, en Écosse : un choix de lieu qui n’a rien d’anodin. En diplomatie, la mise en scène compte autant que les clauses écrites. Recevoir son partenaire sur son propre terrain, dans un espace relevant presque de la sphère personnelle, revient à affirmer une position de domination implicite. L’image a frappé les esprits : en se rendant dans ce cadre singulier, l’Europe donnait le sentiment de « se rendre à Canossa », selon l’expression consacrée. Le contenu de l’accord, ensuite, interroge tout autant. L’administration américaine menaçait d’imposer des droits de douane de 30 % sur certains produits européens. À l’issue des négociations, ces taxes ont été ramenées à 15 %. Sur le papier, la réduction peut apparaître comme une victoire. Mais il convient de rappeler que les droits antérieurs se situaient à des niveaux bien plus faibles, souvent de quelques points seulement. Dans cette perspective, parler de succès relève davantage de la rhétorique que de l’analyse économique.
Surtout, l’Union européenne s’est engagée à hauteur de 750 milliards de dollars d’achats énergétiques et à près de 600 milliards d’investissements supplémentaires aux États-Unis. L’ampleur de ces montants souligne l’asymétrie du compromis. Peut-on qualifier de négociation équilibrée un accord qui se traduit par un tel transfert d’engagements financiers ?
Certains analystes, comme Pascal Boniface, ont relevé que des puissances telles que la Chine ou le Brésil, pourtant moins intégré et moins doté que l’Union européenne, ont adopté des postures plus fermes face aux pressions commerciales américaines. La comparaison alimente l’idée d’une Europe encore hésitante à se poser en acteur stratégique pleinement autonome.
Il serait toutefois excessif d’en conclure à un échec structurel du projet européen. L’Union demeure l’une des constructions politiques les plus ambitieuses et les plus abouties depuis la fin de la guerre froide. En quelques décennies, elle a établi un marché unique, une monnaie commune et un cadre juridique sans équivalent. La critique ne doit pas occulter l’ampleur de l’entreprise.
C’est précisément parce que le projet européen est immense qu’il appelle aujourd’hui une nouvelle étape : celle de l’indépendance politique et stratégique. Non pas une rupture avec ses alliés, mais la capacité à décider et à agir en fonction de ses propres intérêts.
Cet article s’inscrit dans cette perspective europhile et entend montrer qu’une telle indépendance est non seulement souhaitable, mais nécessaire. Elle peut être envisagée autour de quatre axes majeurs :
I - la construction d’une véritable défense européenne et la question d’une armée commune ;
II - la consolidation de l’euro comme instrument de souveraineté face à la prééminence du dollar ;
III- la sécurisation des ressources stratégiques – avec l’exemple du gaz– afin de réduire les dépendances extérieures notamment la Russie
IV- Enfin, la prise d’indépendance politique et stratégique de l’Union passe aussi sur le plan social : renforcer la cohésion européenne
L’indépendance européenne n’est plus un slogan : elle est devenue une exigence stratégique. Reste à savoir si l’Union saura transformer cette nécessité en volonté politique.
I - La construction d’une véritable défense européenne et la question d’une armée commune
La question de l’indépendance stratégique européenne paraît d’une brûlante actualité, entre la guerre en Ukraine et l’embrasement du Moyen-Orient. Elle ne date pourtant pas d’hier. Dès 1950, le chef du gouvernement français René Pleven proposait la création d’une armée européenne placée sous l’autorité d’une instance supranationale unique. Le projet échoua, mais l’idée d’une défense commune ne quitta jamais totalement le débat européen.
Elle ressurgit avec force sous l’impulsion d’Emmanuel Macron. Dans son discours de la Sorbonne, en septembre 2017, le président français appelait à bâtir une « autonomie stratégique » européenne, estimant que la survie du continent dépendait de sa capacité à assurer lui-même sa sécurité. Derrière la formule, une conviction : l’Europe ne peut indéfiniment déléguer sa protection.
Un cadre stratégique désormais formalisé
Un pas important a été franchi en mars 2022 avec l’adoption par le Conseil de l'Union européenne de la « Boussole stratégique ». Pour la première fois, l’Union se dote d’un document doctrinal fixant un cap en matière de sécurité et de défense à l’horizon 2030.
Le texte repose sur quatre piliers : agir, investir, sécuriser, coopérer. Et vise à faire évoluer l’Union d’une puissance principalement normative vers un acteur plus opérationnel. Il prévoit notamment la création d’une capacité de déploiement rapide pouvant aller jusqu’à 5 000 soldats. Modeste au regard des moyens de l’OTAN, cette force n’en constitue pas moins un symbole : celui d’une volonté d’intervention autonome.
Sur le plan industriel, l’Union s’appuie sur le Fonds européen de défense, doté de 7,3 milliards d’euros pour la période 2021-2027. L’objectif est clair : réduire la fragmentation des industries nationales et encourager les programmes communs. En 2025, l’activation d’une clause budgétaire dérogatoire permettant d’augmenter les dépenses militaires a confirmé que la défense n’était plus un angle mort des politiques européennes. Pour se faire, l’Union peut s’appuyer sur certains de ses membres qui agissent activement dans cette logique comme la France.
La France, moteur nucléaire d’une Europe plus affirmée
Au sein de l’Union, la France occupe une place singulière. Seule puissance nucléaire du bloc depuis le départ du Royaume-Uni, elle entend inscrire sa dissuasion dans une réflexion européenne plus large.
En mars 2026, Emmanuel Macron a présenté un concept de « dissuasion avancée », proposant d’associer plusieurs partenaires européens à des exercices et à une coordination accrue en matière stratégique. Huit pays – dont l’Allemagne et le Royaume-Uni – ont accepté de rejoindre cette dynamique. Ce « club des huit » n’est cependant pas fermé comme le précise Chloé Hoorman, autrice d’un article dans le monde, E.Macron lui-même entend ouvrir ce club.
Le chef de l’État a également acté l’entrée dans un nouvel « âge d’armes nucléaires », marqué par l’effritement des grands traités de maîtrise des armements. Sans s’engager dans une course aux armements, la France a annoncé une modernisation de son arsenal et une plus grande opacité sur son format, rompant avec une tradition de transparence relative. Emmanuel Macron a signalé que « des éléments des forces stratégiques » pourraient aussi être déployés dans les pays alliés. « De la même façon que nos sous-marins stratégiques se diluent naturellement dans les océans, garantissant une capacité permanente de frappes, nos forces aériennes stratégiques pourront ainsi se disséminer dans la profondeur du continent européen » , a-t-il détaillé, en soulignant que « cette dispersion sur le territoire européen(…) compliquera le calcul de nos adversaires ».
Le concept de « dissuasion avancée » présenté par Emmanuel Macron s’inscrit dans une tentative de coordination accrue des moyens militaires européens, sans pour autant mutualiser la décision nucléaire. L’objectif affiché n’est pas de redistribuer les rôles entre États membres, mais d’éviter les « trous dans la raquette » stratégiques grâce à une répartition plus cohérente des capacités. Trois priorités ont été identifiées : l’alerte avancée via satellites et radars capables de détecter et suivre des missiles, le renforcement de la défense aérienne et antimissile, et le développement de capacités de frappe dans la profondeur. En filigrane, il s’agit de combler le déficit européen en capacités conventionnelles, afin de gérer une escalade militaire en deçà du seuil nucléaire. Deux programmes franco-allemands, « Jewel » pour la détection précoce et « Elsa » pour les frappes de longue portée, doivent y contribuer. Pour autant, le chef de l’État a fermement rappelé que la décision ultime d’emploi de l’arme nucléaire demeurait strictement nationale, excluant tout partage de souveraineté. Cette ouverture vers les partenaires européens ne constitue donc pas un « parapluie nucléaire » mutualisé, mais une tentative d’européaniser la réflexion stratégique française dans un contexte de fragilisation des équilibres internationaux.
II - la consolidation de l’euro comme instrument de souveraineté face à la prééminence du dollar
Si l’indépendance de l’Union européenne se pense d’abord en matière de défense et d’armée commune, le pouvoir économique constitue un autre pilier du hard power, selon Joseph Nye. Dans cette perspective, la monnaie joue un rôle central : plus elle est utilisée dans les échanges internationaux, plus elle confère à son émetteur un instrument d’influence considérable. Cela a ainsi été le cas depuis la Seconde Guerre mondiale du dollar. Depuis les accords de Bretton-Woods, la « seigneurerie du dollar » s’est imposée. Le dollar est devenu la monnaie en matière d’échanges internationaux, conférant ainsi aux Etats-Unis une puissance importante. Or cette domination est aujourd’hui contestée par l’émergence d’autres monnaies comme l’euro. L’euro, plus de vingt-cinq ans après sa création, représente la principale alternative sérieuse au dollar. Car plus de vingt-cinq ans après sa création, « l’euro a démontré une résilience remarquable : 20 % des réserves de change mondiales, deuxième devise la plus utilisée au monde pour les opérations de prêt, d’emprunt et les réserves des banques centrales… derrière le dollar » selon Kambiz Zarre, professeur à KEDGE. Dans ce contexte, la dédollarisation ne représente pas une menace pour l’Union européenne, mais une véritable opportunité stratégique. En consolidant ses atouts économiques et en renforçant l’internationalisation de l’euro, l’Union européenne (UE) pourrait faire de sa monnaie un levier d’influence géopolitique majeur. Pourquoi ? Tous les principaux facteurs et conditions qui ont permis la domination du dollar américain, à l’exception du pétrodollar dans les années 1970, sont réunis aujourd’hui pour l’euro : économie de grande taille, rôle majeur dans le commerce international et stabilité macroéconomique. Toujours selon le professeur.
Le développement du système SEBC
Cette position repose sur le Système européen de banques centrales (SEBC), comprenant la Banque centrale européenne et les banques centrales nationales. Grâce à des instruments de politique monétaire, conventionnels ou non du quantitative easing à l’abaissement des taux, l’euro assure la stabilité des prix et liquidité pour les entreprises, tout en facilitant l’accès au capital. Néanmoins le professeur, dans son article, précise ce statut qui, bien qu’il présente plusieurs avantages : (facilité avec laquelle les prix peuvent être comparés d’un pays à l’autre, stabilité des prix et de la croissance économique…) et surtout permettant l’amélioration de la liquidité, facilitant ainsi l’accès au capital pour les entreprises européennes. Ces bénéfices s’accompagnent de coûts importants. La forte demande d’euros tend à renforcer sa valeur, rendant les exportations européennes plus chères, contribuant ainsi à un déficit commercial persistant.
La prolifération d’alliances soulignant une prédominance de l’euro
Parallèlement, l’Union européenne consolide ses alliances économiques. Premier partenaire commercial de l’Inde, second de la Chine et acteur clé au sein du Mercosur, dans le golfe persique ou en Afrique de l’Ouest, l’UE étend son influence, estime le professeur. Au cours de la dernière décennie, le commerce de marchandises entre l’Union européenne et l’Inde s’est accru d’environ 90 %. Selon les données officielles, l’Union européenne se classe au deuxième rang des partenaires commerciaux de l’Inde, avec une valeur totale des échanges bilatéraux de biens atteignant 120 milliards d’euros en 2024. Ces accords ne sont pas uniquement économiques : ils sont aussi des vecteurs d’influence monétaire. Plus les échanges seront libellés en euros, plus la monnaie européenne s’imposera comme un outil de stabilité et d’indépendance vis-à-vis du dollar.
IV - la sécurisation des ressources stratégiques – avec l’exemple du gaz– afin de réduire les dépendances extérieures notamment la Russie.
L’enjeu de l’énergie a toujours été au centre de la construction européenne. Mais cette entreprise a toujours rencontré des difficultés à cause des tensions internes. C’est toutefois la guerre en Ukraine qui a fait réémerger ce problème avec force.
En effet, l’Union européenne avait une dépendance extrême à la Russie. Avant 2022, les relations étaient plutôt bonnes et la Russie représentait 45 % des importations de gaz de l’UE. Mais la guerre en Ukraine a crispé les tensions et annihilé les projets de collaboration. Moscou en a profité pour tenter d’étendre son influence, notamment en proposant des contrats spéciaux aux pays européens qui collaboreraient avec elle, ainsi que par la mise en place d’une « flotte fantôme ».
Face à cette situation, les 10 et 11 mars 2022, lors du sommet de Versailles, les chefs d’État et de gouvernement européens prennent une décision historique : sortir de la dépendance aux énergies fossiles russes d’ici 2027. L’objectif est ambitieux, tant la dépendance était massive au début de 2022, le gaz russe représentant 45 % des importations européennes.
Pour assurer leur liberté, les Européens n’ont plus le choix : ils doivent accélérer la transition énergétique. Cela implique de mettre l’accent sur les économies d’énergie, notamment dans le bâtiment, avec le soutien des technologies numériques, mais aussi sur le déploiement massif des énergies renouvelables, du biogaz et sur le développement des petits réacteurs nucléaires. Une telle transformation exige une politique industrielle ambitieuse et surtout des moyens d’investissement conséquents.
Dans cette perspective, la finalisation de l’union des marchés de capitaux apparaît essentielle afin de financer les priorités européennes plutôt que la dette américaine, les investisseurs européens étant encore trop attirés par le marché américain.
Les besoins d’investissement sont en effet colossaux. À très court terme, la sortie du gaz russe constitue un impératif moral pour l’Union européenne, afin de ne plus financer l’économie de guerre russe. Cela suppose de maintenir les importations américaines dans l’immédiat et, d’ici 2030, de basculer vers l’électrification des usages. Cette transformation implique notamment la construction de nouveaux réseaux intelligents, le soutien aux communautés d’énergie décentralisées et des investissements dans les interconnexions.
Il s’agit d’un véritable changement de paradigme : d’ici 2030, l’Europe passera d’un système gazier et électrique à un système essentiellement électrique. Cette mutation pose cependant de nouveaux défis, notamment la dépendance aux métaux critiques, dominés par la Chine, ainsi que la multiplication des cyberattaques contre des infrastructures devenues plus sensibles. Parallèlement, le maintien d’une infrastructure gazière résiduelle restera nécessaire, dans une logique de conversion vers des gaz décarbonés produits localement.
Enfin, la réussite de cette transition repose sur deux conditions majeures : l’acceptabilité sociale et la compétitivité de l’industrie européenne. Tant que les prix de l’énergie resteront élevés, les tensions sociales persisteront. Le gaz en Europe reste en effet deux à trois fois plus cher qu’aux États-Unis. De plus, alors que les États européens taxent l’énergie, y compris l’électricité, les Américains ne le font pas. Un exemple récent est parlant : alors qu’elle pouvait appliquer une taxe sur la valeur ajoutée de 5,5 % aux abonnements, la France a choisi de les taxer à 20 %.
Il est donc temps de déclarer une véritable urgence énergétique européenne. Pour réduire les coûts, une réflexion commune à l’échelle de l’Union s’impose. La Commission européenne a ainsi présenté, en mai 2025, une feuille de route incluant une réduction de la fiscalité et l’achèvement du marché intérieur. À la clé, une baisse importante des coûts, estimée à près de 30 % pour l’électricité.
Toutefois, pour que cette stratégie fonctionne, les États membres devront enfin accepter ce qu’ils refusent depuis plus de trente ans : mettre en commun leur politique énergétique. Comme le souligne Adina Revol dans un article publié dans Le Rubicon.
IV - Enfin, la prise d’indépendance politique et stratégique de l’Union passe aussi sur le plan social : renforcer la cohésion européenne
Enfin, la prise d’indépendance politique et stratégique de l’Union européenne ne saurait se limiter aux seuls champs diplomatique et militaire. Elle implique aussi un approfondissement du socle social et humain : autrement dit, le renforcement de la cohésion européenne.
Depuis plusieurs années, l’idée d’une « autonomie stratégique » s’impose progressivement dans le débat public, sous l’effet conjugué des crises internationales — de la guerre en Ukraine aux tensions au Moyen-Orient — et des prises de position politiques, à l’image des discours d’Emmanuel Macron. Mais cette inflexion ne peut être uniquement institutionnelle : elle doit également s’ancrer dans les représentations et les pratiques des citoyens européens.
Les données récentes témoignent d’une évolution en ce sens. En 2022, en France, 75 % des 18-30 ans se déclaraient avant tout citoyens français, tandis que 60 % se reconnaissaient également comme citoyens européens, selon un rapport de l’Institut national de la jeunesse et de l'éducation populaire. En trois ans, le sentiment d’appartenance à l’échelon européen a progressé de trois points, quand celui lié à la nation reculait dans les mêmes proportions. Une tendance qui suggère, sinon une substitution, du moins une superposition croissante des appartenances.
Pour autant, cette évolution ne suffit pas à fonder une véritable légitimité politique européenne. Comme le souligne la politologue Sophie Heine « Les identités collectives sont multiples : religieuses, culturelles, régionales, nationales, globales... Un seul individu peut avoir toutes ces identités à la fois. L'un des plus grands dangers aujourd'hui réside dans une approche réductrice et dogmatique de l'identité. Les identités collectives sont inoffensives quand elles s'expriment dans la société civile, mais, quand elles deviennent le fondement de l'action politique, les dérives sont multiples. L'histoire nous a montré les dangers du nationalisme qui fonde la légitimité de l'État sur l'identité nationale. Il s'agit de ne pas reproduire les mêmes erreurs au niveau européen. J'appelle donc les pro-Européens, et les fédéralistes en particulier, à ne pas se focaliser sur cet aspect identitaire, mais à parler de projets, de contenu et des liens de ces derniers avec les intérêts des citoyens. »
Cette approche invite à reformuler les termes du débat. Plutôt que de chercher à définir une hypothétique « identité européenne », il s’agit d’interroger les finalités de l’Union : pourquoi bâtir une Europe démocratique ? Pourquoi développer une défense commune ? Quelle souveraineté macroéconomique et environnementale souhaite-t-on instaurer ? C’est dans la capacité à répondre à ces questions que se joue la consolidation du projet européen.
Les crises récentes illustrent cette tension. Le Brexit a mis en lumière les résistances suscitées par une intégration perçue comme une perte de souveraineté nationale, sans pour autant offrir de véritable alternative supranationale. À l’inverse, la guerre en Ukraine a ravivé, chez certains, la conscience d’un destin commun, tout en accentuant la fracture entre pro- et anti-européens.
Surtout, ces événements révèlent les limites structurelles de l’Union. En matière de défense, la souveraineté demeure largement intergouvernementale. Une Europe dotée d’une capacité dissuasive autonome aurait-elle pu prévenir l’invasion russe ? La question, désormais, est posée avec acuité. Elle souligne la nécessité de dépasser la logique actuelle pour construire une véritable politique de sécurité et de défense européenne.
Mais là encore, le fondement ne peut être identitaire. Une telle évolution doit reposer sur une justification fonctionnelle : garantir la sécurité, la liberté et la prospérité des citoyens européens. C’est en répondant à ces attentes concrètes que l’Union pourra renforcer sa légitimité et, ce faisant, consolider une cohésion durable. Ainsi, l’indépendance stratégique de l’Union européenne ne se décrète pas seulement dans les traités ou les doctrines militaires. Elle se construit aussi, et peut-être surtout, dans la capacité à fédérer ses citoyens autour d’un projet commun, fondé non sur ce qu’ils sont, mais sur ce qu’ils veulent accomplir ensemble.
Par Luka Audry Van Kesteren
le 22 avril 2026
Sources:
La dissuasion nucléaire française fait un grand pas vers l’Europe
https://www.consilium.europa.eu/fr/policies/defence-funding
https://www.consilium.europa.eu/fr/infographics/strategic-compass
https://www.europarl.europa.eu/RegData/etudes/BRIE/2025/769566/EPRS_BRI(2025)769566_EN.pd
Est-ce la fin de la toute-puissance du dollar ?
Une opportunité géopolitique pour l’Union européenne - https://shs.cairn.info/revue-herodote-2025-4-page-11?lang=fr
https://escp.eu/faculty-research/escp-institutes/escp-geopolitics-institute/workshops
https://www.senat.fr/rap/r25-184/r25-1840.html
transitionnergtique-etude-pellerincarlinrubiofernandes-2017-bd-1.pdf